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August 27, 2018

Mixes Élargies

Wide with Pride

Ce mur de son : sans aucun doute l’une des caractéristiques que nous aimons dans les mix que l’on entend aujourd’hui à la radio ou sur nos plateformes de streaming préférées. Nous l’aimons et vos clients aussi. Alors, comment y parvenir ? Voyons cela.

It Starts Early

Une considération obligatoire, avant de mettre la main à la pâte, est qu’un mix qui sonne large commence certainement tôt :

  • Des différences subtiles entre des instruments similaires créent la variété nécessaire dans le spectre de fréquences (pensez : guitares électriques, les amplis utilisés, le positionnement des micros et la mise en forme du son)
  • « Wide » ne sonne bien que si vous avez déjà du « Deep » : un mix plat sans scène sonore avant-arrière ne semblera pas en 3 dimensions
  • L’arrangement et le contraste aident : un passage de guitare « left-only » très présent ou un ostinato de piano mono placé bien au centre feront paraître la section suivante « wide » encore plus large : tout est une question de contraste relatif

Basics: CHECK

L’ingénieur d’enregistrement a tout maîtrisé, le groupe sonne bien et les prises sont prêtes pour le mix. Et maintenant ? Pendant des années je me suis demandé s’il fallait tirer le maximum du vrai champ stéréo (c’est‑à‑dire : sans astuce) et laisser tout élargissement au mastering, ou bien faire ma magie d’élargissement directement depuis le mix.

  • Il n’y a pas de bonne ou mauvaise réponse : personnellement, à un moment donné, j’ai décidé d’être audacieux et de faire l’élargissement quand j’en avais envie, pour trois raisons principales :
  • La plupart des ingénieurs de mastering avec qui j’ai travaillé (les bons) s’abstiennent de choix artistiques excessifs, y compris d’un super‑élargissement d’un mix qui sonne « normalement stéréo ».
  • La plupart des clients avec qui j’ai travaillé exigent spécifiquement que je masterise mes propres mixes. C’est controversé. C’est souvent quelque chose de tacite. Personne ne veut le dire. Eh bien, c’est la vérité : malgré mes suggestions à des collègues et ingénieurs de confiance qui, je sais, pourraient très bien s’occuper du mastering (et me décharger d’une tâche de plus et de ma vision en tunnel), la plupart des clients veulent que ce soit fait correctement, mais aussi rapidement.
  • Si je mixe et que je sens qu’il faut faire quelque chose pour améliorer le mix, je ne reporte pas, je ne délègue pas, je ne colle pas un post‑it sur le frigo de quelqu’un d’autre : j’y vais.

Malgré tous les trucs disponibles, je ne fais rien qui vous laisse sans souffle : je place simplement un plug‑in d’élargissement stéréo sur ma mix bus. Si je mixe entièrement In‑The‑Box (très rare), je le place généralement après mon/des compresseur(s) et EQ(s), mais avant toute émulation de bande « harmonique ». Si c’est une situation hybride où je sors vers du matériel analogique pour les fonctions de mix bus, je place habituellement le plug‑in d’élargissement stéréo sur la première piste après que mon convertisseur A/D a capturé le mix analogique. J’ai généralement une piste auxiliaire qui alimente la piste d’impression audio réelle, et c’est là que se trouve mon widener. Je trouve en général que cela m’apporte de meilleurs bénéfices soniques et ne trouble pas le matériel analogique auquel j’envoie mon mix.

What do I use? Do these plug-ins really sound different?

Il existe des dizaines de plug‑ins qui peuvent faire cela dans le monde numérique et pour cet article j’ai préparé une comparaison de huit processeurs dont je dispose dans ma boîte à outils. Vous remarquerez que certains ont un simple mixeur Mid/Side, ce qui signifie que vous pouvez modifier le gain soit du Mid (c’est‑à‑dire la « somme » : les éléments du mix identiques dans les enceintes gauche et droite) soit du Side (c’est‑à‑dire la « différence » : les éléments qui n’existent pas de manière identique dans les deux canaux). À ce stade, élargir un mix peut être une question d’altérer l’équilibre Mid/Side, généralement en augmentant le niveau du Side (ou en diminuant le Mid). Cela vous donnera la méthode la plus simple et la moins intrusive pour élargir votre mix. C’est ce que la plupart des plug‑ins offrent. Certains ont un vrai mixeur Mid/Side, d’autres un pourcentage pour la largeur stéréo. Ces deux choses, croyez‑moi, sont essentiellement identiques et peuvent - presque à chaque fois - être échangées ainsi :

Stereo Width: 100% équivaut à Mid: 0 dB - Side 0 dB. Ce sont généralement les points de départ et n’altèrent pas votre champ stéréo. Stereo Width: 200% équivaut à augmenter la différence dans le mixeur Mid/Side de 6 dB, en faveur du canal Side. Cela pourrait être : Mid: 0 dB - Side: +6 dB, Mid: -6 dB - Side: 0 dB,  Mid: -3 dB - Side: +3 dB .. ou n’importe quoi entre les deux.

Certains d’entre vous l’ont déjà deviné :
Stereo Width: around 167% équivaut à une différence de 4.5 dB
Stereo Width: 150% équivaut à une différence de 3 dB

Donc, très basiquement, les deux choses sont interchangeables et il n’y a rien d’unique à ce contrôle spécifique du plug‑in. Parmi les plug‑ins dont je parlerai dans l’article, il est bon de savoir que les plug‑ins suivants annulent jusqu’à sous -80dBfs quand les nombres ci‑dessus sont appariés :

  • Air Stereo Width (Width Knob)
  • Brainworx bx_digital (any version) (Width Knob)
  • UAD K-Stereo (Mid/Side Mixer)
  • Mathew Lane DrMS (Mid/Side Mixer)
  • Waves S1 Imager (needs gain compensation afterwards, but still nulls) (Width Fader)
  • PSPAudioware Stereo Enhancer (Width Fader)

Maintenant que nous savons que ces contrôles basiques sonnent pareil dans tous ces plug‑ins, voyons quel tour spécial chaque fabricant a mis dans son produit.

To The Testing Grounds!

Prenons un extrait de la chanson ”The Heat” by Sway, tiré de leur dernier EP “Vacation” que j’ai eu le plaisir d’enregistrer, mixer et masteriser en 2017 ici à Fuseroom. Il s’agit du mix final « 02b » (pas le master) que le groupe a approuvé. Aucun outil d’élargissement n’a été utilisé avant cette étape.

Original Excerpt

 

Maintenant laissez‑moi vous présenter huit processeurs qui peuvent tous faire de l’élargissement stéréo, mais de façons différentes. J’ai ajusté chacun sans essayer de matcher un quelconque chiffre : je me suis simplement assis à la console, j’ai modifié un plug‑in, et quelques heures plus tard (ou même le lendemain) je me suis remis avec un autre plug‑in, et ainsi de suite. L’intérêt ici n’est pas de voir si les chiffres correspondent mais plutôt de voir comment mes réactions au comportement du plug‑in lui‑même m’ont conduit à faire « quelque chose de productif » pour améliorer le champ stéréo du mix. Vous remarquerez que tous les exemples sonnent différemment, certains plus que d’autres, mais aucun ne me paraît mauvais !

— AIR Stereo Width
Un des plug‑ins couramment trouvés dans n’importe quelle installation Pro Tools. Il offre le classique bouton Width mais peut aussi jouer sur le délai des canaux (un peu trop extrême pour un mix) ou se concentrer sur un décalage de phase d’une zone de fréquences spécifique. Obtenir un résultat appréciable a été rapide et indolore.

AIR Stereo Width

 

— Waves S1 Imager
Super simple, un classique. J’utilise généralement le S1 pour placer de vrais instruments acoustiques dans un champ sonore virtuel (il fonctionne très bien sur des cordes close‑miked, par exemple). Dans ce cas je n’ai fait qu’élargir le mix et l’ai laissé tel quel.

Waves S1 Imager

 

— Waves Center
Une approche différente de la gestion du champ stéréo, par Waves. Ce plug‑in fait quelque chose de propriétaire au son et je n’ai pas réussi à le reproduire avec autre chose. Monter le canal Side n’était pas mauvais mais ça n’a vraiment pris vie que quand j’ai ajusté l’équilibre des boutons en haut, où l’on peut décider quel canal obtiendra des caractéristiques comme la profondeur et le punch. Si vous y allez très lentement et prudemment, vous entendrez ce moment où vous ferez « aah ! ». Pour autant, à mes oreilles ce n’est jamais le plus musical du lot mais il fait le travail.

Waves Center

 

— UAD bx_digital V3
Plus qu’un simple élargisseur stéréo. Dans ce cas je suis allé plus loin et j’ai utilisé ses fonctions d’EQ Mid/Side pour ajouter de l’air au canal Side ainsi qu’un peu de « chair » autour de 600 Hz. C’est là que réside la plupart du contenu stéréo pour claviers et guitares rythmiques, et c’est une zone que je vérifie toujours pour booster, en mastering (ne le dites à personne, c’est un secret). Dans le canal mid j’ai nettoyé certains médiums, me suis focalisé autour de 5 kHz pour faire ressortir la voix principale et ai aussi donné un peu plus de coffre à la basse. Le résultat est évidemment plus poli que le simple élargissement stéréo mais il n’est pas nécessairement bien au‑dessus des autres concurrents, donc j’ai pensé que c’était juste d’utiliser aussi l’EQ. On peut faire beaucoup de choses avec ce plug‑in !

Brainworx Digital V3

 

— Mathew Lane DrMS
De loin le plus compliqué à saisir de toute la bande. Ce plug‑in peut être une roulette russe et tout adolescent de moins de 14 ans devrait l’utiliser avec une supervision parentale. Mais je promets qu’une fois bien maîtrisé, c’est incroyable ce qu’il peut faire. Il offre le mixage Mid et Side avec des filtres HP et LP dédiés, plus des délais basés sur l’échantillonnage. Mais surtout il propose les uniques paramètres « Focus » et « Zoom ». La première fois que je l’ai ouvert, il y a des années, c’était sur recommandation d’un ami. J’ai monté le bouton Zoom et j’ai trouvé que ça sonnait comme de la poubelle, puis pareil avec Focus, encore de la poubelle. Je l’ai donc laissé de côté. La vraie force est de comprendre que ces deux paramètres peuvent travailler sur une plage de fréquences spécifique et que, par défaut, les filtres HP et LP sont réglés pour les faire fonctionner en full‑spectre. Ce n’est pas vraiment l’option la plus utile mais plutôt un point de départ. Dans mon exemple j’ai adapté la zone Zoom pour me concentrer sur une plage spécifique de hautes fréquences, tout en rehaussant le canal Side. Cela a créé une sensation d’air accrue dans le registre supérieur des guitares, voix, cymbales et claviers tout en conservant une énergie très cohérente, percutante et centrée, typique d’un mix rock. Note personnelle : cela vaut la peine de passer du temps à se former sur des plug‑ins, de temps en temps !

Mathew Lane DrMS

 

— UAD K-Stereo
L’approche de Bob Katz pour la gestion stéréo, ce plug‑in possède toute une série d’astuces uniques. À part un mixeur Mid/Side, contrôles de gain de sortie et la possibilité de remodeler une zone de fréquence spécifique, la fonction « Recover » avec ses réglages « Deep » et « Wide » est étonnante. On peut obtenir des mixes vraiment larges sans sentir autant d’effets de phase que d’autres plug‑ins, ce qui est le problème courant quand on en fait trop. Le K‑Stereo est probablement une des meilleures combinaisons « facile et rapide à utiliser » sans compromettre l’intégrité du signal sonore. Et il a la signature de Bob ! ..la légende dit que cela donnera à vos mixes un gain de qualité de 5% par défaut.

Bob Katz's K-Stereo

 

— PSPAudioware Stereo Controller
Vieux mais toujours bon. Il propose un contrôle de largeur stéréo mais aussi la possibilité de se concentrer sur un décalage de phase d’une plage de fréquences spécifique. La singularité vient de ses « Modes » que vous trouverez plus ou moins appropriés selon le genre.

PSPAudioware Stereo Controller

 

— Ozone 8 Imager
Un élargisseur stéréo multibande qui peut traiter le signal audio de différentes manières, par bandes indépendantes. Cela peut aider si vous voulez garder le bas du mix serré (où résident votre grosse caisse mono et la basse) et pousser plus de chair dans les médiums ou donner une sensation d’air augmentée dans les hautes fréquences. Définitivement le plus chirurgical d’entre eux mais aussi le plus froid, à mes oreilles ? Pas étonnant que les produits iZotope soient réputés pour pencher vers le sans‑couleur (bien que ce ne soit pas toujours vrai). Le fader Stereoize a aidé à retrouver un peu de musicalité.

iZotope Ozone 8 Imager

 

 

Final Considerations

Quelques éléments supplémentaires que j’aimerais que vous considériez :

  • Une bonne salle d’écoute (acoustique+moniteurs+calibration) est primordiale pour pouvoir évaluer les différences et savoir quand « peut‑être que c’est OK ? » est réellement « ça sonne bien ».
  • Écouter aussi sur des casques de référence est une bonne chose pour s’assurer que votre public ne tombe pas malade dans le métro.
  • Expérimentez en compressant uniquement le canal Side avec un compresseur dédié, puis en remontant son niveau dans le mix. C’est une technique plus avancée (quelque chose comme un Empirical Labs Fatso est incroyable pour ça) et que je ne ferais peut‑être pas sur de la musique acoustique, jazz, classique ou autre, mais qui aide les mixes agressifs à rester puissants et juteux de façon cohérente. Cela peut aussi totalement détruire votre mix. Comme dirait Fab, "Isn’t that amazing?" ;)
  • Un contrôle de la largeur stéréo analogique est aussi une possibilité et, à cause des imperfections du monde analogique, cela sonne très désirable pour la plupart des gens ! Certaines consoles de transfert de mastering offrent ces boutons. N’hésitez pas à les tester mais n’attendez pas qu’ils montent à 1000% : pour un ingénieur de mastering, quelques clics dessus peuvent aider à retrouver le champ stéréo quand des compresseurs de mastering l’ont un peu écrasé (lorsqu’on essaie de masteriser un CD que le label veut plus fort que tout !)
  • Certaines personnes utilisent des mètres de corrélation (disponibles aussi sous forme de plug‑in) pour vérifier combien de contenu side est hors phase dans leurs mixes. Honnêtement, je n’ai jamais trouvé d’usage vraiment convaincant pour eux. À moins d’avoir des normes broadcast spécifiques à respecter (plus pour la post‑production), j’ai tendance à utiliser mes oreilles et ma salle+moniteurs+casques de confiance pour m’assurer que les choses sonnent juste. Et oui, il peut y avoir des LED rouges qui clignotent et tout le reste mais… "if it sounds right" ! D’accord ?

J’espère que cet article vous a été utile pour obtenir quelques pistes supplémentaires

Écrit par Alberto Rizzo Schettino

Pianist and Resident Engineer of Fuseroom Recording Studio in Berlin, Hollywood's Musicians Institute Scholarship winner and Outstanding Student Award 2005, ee's worked in productions for Italian pop stars like Anna Oxa, Marco Masini and RAF, Stefano 'Cocco' Cantini and Riccardo Galardini, side by side with world-class musicians and mentors like Roger Burn and since 2013 is part of the team at pureMix.net. Alberto has worked with David White, Niels Kurvin, Jenny Wu, Apple and Apple Music, Microsoft, Etihad Airways, Qatar Airways, Virgin Airlines, Cane, Morgan Heritage, Riot Games, Dangerous Music, Focal, Universal Audio and more.